Les classements de Bordeaux

Les classements du vignoble bordelais

Il existe en Gironde plusieurs classements, énumérés par ordre d’ancienneté :

• Le classement de 1855, réunissant des crus de Médoc (rouges), de Sauternes (blancs liquoreux), et un cru de Graves (rouge).
• Le classement des Graves (le premier établi en 1953, rouges et blancs).
• Le classement de Saint-Émilion (le premier établi en 1954, rouges).
• Le classement des Crus bourgeois de Médoc (le premier établi en 1932, rouges).
• Le classement des Crus artisans (le premier établi en 2002, rouges).

Les crus classés

Un cru réalise la synthèse de la nature et de l’humain : d’une part, il ne peut être réalisé que sur des terroirs présentant un sol maigre, profondément drainé, où les racines de la vigne peuvent plonger profondément afin d’y trouver les nutriments dont elles manquent en surface, captant ainsi la richesse minérale de la terre. D’autre part, il est aussi le reflet des hommes et de leurs efforts qui, depuis des générations, s’y sont succédé au service de la qualité.

Les crus de bordeaux sont apparus bien avant leur classement. C’est ainsi qu’en 1609 il y eut château haut-brion, puis vers 1703 château margaux, Château Lafite et château Latour. Ensuite, le nombre de ces grands crus a augmenté et leur qualité s’est affirmée. Ils sont maintenant recensés dans quatre régions : Médoc, Graves, Saint-Émilion et Sauternes-Barsac. Enfin, l’absence de classement n’empêche pas une appellation – pomerol, par exemple – ou des crus – tel Petrus – d’être considérés comme des grands.

Le classement de 1855 - Médoc et Sauternes

Château Pichon Baron  

À l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1855, Napoléon III demanda à chaque région viticole y présentant des vins d’établir un classement. C’est à la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux, créée en 1705, que fut confié le dossier pour la Gironde. Consciente qu’il était problématique d’envoyer à Paris des vins présentés sans ordre, la CCI de Bordeaux demanda au Syndicat des courtiers de commerce près la Bourse de Bordeaux d’établir le classement des vins rouges et des vins blancs de la Gironde. Dans ce classement figurent uniquement les vins rouges du Médoc, les vins blancs liquoreux de Sauternes et de Barsac, et un cru rouge des Graves. Peut-être n’est-ce dû qu’à l’absence de Chambre de commerce et d’industrie à Libourne – elle ne fut créée qu’en 1910 – et à la prédominance des vins commercialisés par le négoce de la ville de Bordeaux...

Ce classement, établi alors en fonction de la notoriété des crus et du prix des transactions, ne fut révisé qu’une fois, en 1973, et seulement pour les crus du Médoc, à la suite d’un concours organisé par la CCI de Bordeaux. La seule modification fut le reclassement du château mouton Rothschild qui, de deuxième cru classé, passa au rang de premier cru classé. Les 60 crus classés du Médoc représentent environ 24 % de la production des vins de la péninsule. À noter que pour un cru classé donné, seule la production correspondante au grand vin de ce château est classée.

Le classement des Graves

À la demande du Syndicat de défense de l’appellation Graves, l’Institut national des appellations d’origine, l’INAO, procéda en 1953 au classement des crus de cette région, qui fut modifié et complété en 1959.

Sur ces terroirs où l’on produit d’excellents rouges mais aussi d’excellents blancs, l’INAO a été amené à classer les crus par communes et par types de vin – rouge ou blanc.

Dans ce classement, 16 crus ont été répertoriés sans hiérarchie, tous se prévalent de la mention « cru classé » et tous appartiennent à l’AOC Pessac-Léognan. Notons que rien n’est prévu dans les textes concernant une éventuelle révision.

Château Smith Haut-Lafitte  

Le classement de Saint-Émilion

À la demande du Syndicat de défense de l’appellation Saint-Emilion, l’INAO procéda dès 1954 au classement des crus de cette appellation.

Château Pavie  

Le décret précise que l’INAO doit procéder tous les dix ans à la révision de ce classement. Ont ainsi été effectués, successivement :

• Un premier classement en 1954, avec modifications en 1958.

• Un deuxième classement en 1969.

• Le troisième classement ne put être effectué en 1979 et fut réalisé en 1984. Il prit effet à partir du millésime 1986, à la suite de l’arrêté du 23 mai 1986. Dès lors, il fut précisé que tout vin produit dans l’aire géographique de l’appellation Saint-Émilion pouvait revendiquer les deux AOC Saint-Émilion et Saint-Émilion Grand Cru, mais que seuls les vins de l’appellation Saint-Émilion Grand Cru pouvaient bénéficier des mentions Grand Cru classé ou Premier Grand Cru classé à la suite du classement officiel.

• Le quatrième classement, en 1996, regroupait 13 premiers grands crus classés et 55 grands crus classés.

• Le cinquième classement, en 2006, regroupait 15 premiers grands crus classés. Ce classement, réfuté par des récoltants, donna lieu à des contestations et à un imbroglio juridique : tour à tour annulé et rétabli à plusieurs reprises, il conduisit le Sénat à l’annuler définitivement pour rétablir par un amendement le classement de 1996 et le prolonger jusqu’en 2011, autorisant en outre certaines propriétés promues « Grand cru classé » ou « Premier grand cru classé » par le classement annulé à mentionner ces distinctions sur leur étiquette. Une nouvelle procédure de classement devait être mise en place pour la récolte 2012.

Le classement des Crus bourgeois du Médoc

Expression consacrée par l’usage, la mention « cru bourgeois » remonte au Moyen Âge, époque à laquelle les bourgeois (les habitants du « bourg » de Bordeaux) s’enrichissent et acquièrent les meilleures terres de la région, qui reçoivent donc cette dénomination.

Répertoriés de facto de longue date et avoisinant, selon les époques, le nombre de 200 à 300 châteaux, les Crus bourgeois ne furent officiellement rassemblés en liste qu’en 1932 par les courtiers bordelais, sous l’égide de la Chambre de commerce de Bordeaux et de la Chambre d’agriculture de la Gironde. La liste comptait alors 444 crus. C’est en 1979 que la réglementation communautaire reconnaît la mention traditionnelle « Cru bourgeois » sur l’étiquetage. En 2000, une hiérarchie de mérite est établie entre Crus bourgeois exceptionnels, Crus bourgeois supérieurs et Crus bourgeois. Le 17 juin 2003, un arrêté ministériel homologue enfin le premier classement officiel des Crus bourgeois, consacrant 247 châteaux sur 490 candidats. Toutefois, en 2007, la Cour administrative d’appel de Bordeaux annule cet arrêté. Les viticulteurs du Médoc, regroupés au sein de l’Alliance des Crus bourgeois du Médoc, se mobilisent alors énergiquement pour faire renaître la mention traditionnelle, grâce à une démarche de qualité rigoureuse.

En octobre 2009, les pouvoirs publics homologuent cette nouvelle démarche de qualité, permettant une sélection qualitative des Crus bourgeois du Médoc, dont la sélection officielle est publiée chaque année en septembre depuis 2010. Elle oscille selon les années entre 240 et 260 domaines. Aujourd’hui, les Crus bourgeois, tous issus de l’une des huit AOC du Médoc, sont encore souvent des propriétés familiales et assurent plus de 40 % de la production de la péninsule.

Château Loudenne  

Les Crus artisans du Médoc

En Médoc, la dénomination « Crus artisans » existe depuis plus de cent cinquante ans. Elle désigne des petites propriétés viticoles appartenant à des artisans du Médoc (tonneliers, charron, maréchal-ferrant…). Tombée en désuétude au milieu du xxe siècle, cette distinction renaît en 1989 avec la création du Syndicat des Crus artisans du Médoc, qui a pour but de regrouper « les exploitations autonomes de petite et moyenne taille, où le chef d’exploitation participe effectivement à la conduite de son vignoble, produit des vins AOC et commercialise sa production mise en bouteilles au château ».

En juin 1994, la réglementation européenne remet à l’honneur cette dénomination et autorise l’inscription sur l’étiquette principale de la mention « Cru artisan ». Publiée au Journal officiel en 2006 puis en 2012, la liste rassemble 44 propriétés. Elle est revue tous les dix ans.